Fraîchement diplômée, Lucille Guigon a développé pendant son cursus une approche singulière, où les sensations de la lecture et de l’écriture, dans leur potentiel expressif et poétique, viennent enrichir la forme typographique. Elle a commencé par fabriquer des caractères avec des objets, caractères avec lesquels elle a ensuite raconté des histoires. En DNSEP à l’École des beaux-arts de Besançon, elle a créé des typographies émotives pour apporter une « coloration affective » au texte : par un jeu complexe de variantes contextuelles et stylistiques, des versions augmentées du Garamond savaient ainsi exprimer la colère, la joie ou la tristesse, illustrant, sans images, des poèmes contemporains. Le Vervana fournissait des capacités inattendues au Verdana pour traduire les formes d'expression particulières des logiciels de messagerie instantanée.
En post-diplôme à l'École supérieure d'art et de design d'Amiens, elle a poursuivi ces interrogations en développant une famille de caractères complète, le Florencia, qui permet de faire varier l'expressivité du texte grâce aux différents degrés de cursivité du tracé des lettres : au traditionnel couple romain/italique s'ajoutent de nouveaux dessins, offrant une palette extrêmement riche sur une base commune. Dans l'exemple ci-contre, on trouve, de haut en bas : romain « discontinu », romain « continu », italique, scripte, scripte ligaturée. D'autres variations existent dans cette famille encore inédite, aussi prometteuse que le talent de son auteur.